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« Servir Dieu ou Mammon » |
Il y a quelque chose qui nous fait frissonner dans cette
page d’évangile. Jésus semble féliciter les escrocs. Au lieu de
condamner la malhonnêteté du gérant, il fait son éloge. Il prend un
curieux d’exemple pour nous inviter à faire preuve d’initiative et de
débrouillardise.
Étant donné que Jésus a dit tellement de choses plus
claires et moins risquées, saint Luc aurait dû comme les autres
évangélistes oublier cette histoire-là. Mais en lisant l’ensemble du
chapitre 16, on s’aperçoit que Luc veut nous donner un enseignement du
Christ sur les réalités matérielles : « Vous ne pouvez pas servir à la
fois Dieu et l’Argent ». Dans la langue hébraïque, on parle de « Mammon
» et non du mot « argent » (traduction en français). « Mammon » est un
mot qui fait référence à cet esprit qui consiste à vouloir constamment
acquérir des biens matériels, ce qui amène à utiliser les personnes pour
satisfaire notre égoïsme.
Luc rappelle le danger qu’il y a à mettre trop
d’importance dans la vie sur l’argent que nous avons ou que nous
voudrions bien posséder. Il y a d’autres éléments dans la vie et ce
n’est pas en s’inquiétant ou en pensant rien qu’à l’argent qu’on
s’enrichit ou qu’on s’appauvrit. La richesse comme la pauvreté peuvent
être l’occasion de préciser nos valeurs et nos priorités.
L’argent ou l’esprit de possession des biens matériels
(Mammon) devient trompeur quand il rend égoïste et dur, quand il ne sert
qu’à notre propre jouissance et à notre seul intérêt, quand il nous rend
sourds aux besoins des autres. Comme on entend souvent dire : il est
rare que la "Brinks" suive le corbillard. En quittant ce monde, nous
n’emportons pas avec nous ce que nous avons accumulé : ni maison, ni
auto, ni chalet, ni compte en banque.
Nous quittons cette vie les mains vides de nos biens
matériels, mais les mains pleines de nos œuvres et de nos amours
humains. L’argent honnêtement acquis qui est utilisé pour faire le bien,
pour subvenir aux besoins de la famille, pour aider à nourrir l’affamé,
pour soutenir des personnes en souffrance… l’argent qui sert à aimer,
qui est chargé de l’amour et de la compassion du partage est une gloire
rendue à Dieu.
Sommes-nous de bons ou de mauvais gérants? Sommes-nous
édifiants pour les autres? Avons-nous conscience de la grandeur de notre
mission? Donnons-nous le goût de Dieu à ceux qui nous regardent vivre et
agir? Nos paroles sont-elles langage de Dieu? Notre spontanéité à rendre
service est-elle inspirante pour les autres? Toutes ces questions et
bien d’autres, voilà une belle manière de donner suite à ce texte
d’évangile dans les prochains jours.
Gilles Baril, prêtre
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Unité pastorale Montréal-Nord |
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