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« En route vers le Père » |
J’ai déjà reçu un couple en vue de leur mariage et un
moment donné je leur demande s’ils ont la foi. La fille se met à
chercher dans son sac à main puis elle me dit : « On l’a oublié à la
maison parce que je ne la trouve pas dans ma bourse, mais je vous
promets de la retrouver avant le mariage ». Il est vrai qu’ils étaient
nerveux de rencontrer le curé et que je leur avais déjà demandé quelques
papiers comme leur certificat de naissance…
Une enquête récente révèle que 95 % des Québécois croient
en Dieu qu’ils définissent comme le Créateur et l’Être Suprême. Mais
reconnaît-on Dieu comme un Père? Croit-on par obligation parce que nous
sommes sans réponses face à diverses réalités qui nous dépassent ou si
nous croyons dans un désir de meilleure qualité de vie dans l’espérance
du meilleur toujours en train d’advenir dans notre vie? Croit-on que
Dieu a pris un corps humain en Jésus-Christ pour vivre le tout de notre
réalité quotidienne et nous attirer vers des valeurs plus nourrissantes
que le banal du quotidien vécu sans réfléchir? Croit-on que le Christ a
eu la grippe comme chacun de nous, qu’il a connu des sautes d’humeur,
qui a souffert de sentir incompris, mal aimé… qu’il a pleuré la mort de
son ami Lazare. Une petite fille de deux ans demande à sa mère : «
Est-ce que Jésus faisait pipi ? » Elle ne voulait pas d’un Jésus sans
humanité.
Est-ce que je crois au Christ qui m’aime personnellement.
Si je crois en Dieu sans croire au Christ, je ne suis pas chrétien, car
même l’Africain dans sa jungle croit à l’Être Suprême et au Créateur qui
est à l’origine de ce que nous ne pouvons pas expliquer Jésus nous dit
dans l’évangile d’aujourd’hui qu’il est Chemin, Vérité et Vie. Puis il
nous enseigne différents chemins qui mènent à Dieu-Père.
Il y a d’abord le chemin de Jéricho – le chemin de la
charité et du service des gens mal pris autour de nous. Jéricho est la
route où chemin faisant Jésus raconte l’histoire du bon samaritain. [Luc
10, 29-37]
Il y a aussi le chemin vers Jérusalem : chemin des
dépassements et du service continuel en fidélité à sa mission. En
quittant sa Galilée natale, Jésus sait qu’il sera confronté aux
autorités de son temps. Jérusalem est le terrain des autorités
religieuses et Jésus y risque la mort par fidélité à sa mission.
Il y a le chemin vers Emmaüs qui est le temps de la
relecture des événements pour y saisir l’essentiel de ce que nous avons
vécu.
Il y a aussi le chemin vers Damas qui devient pour saint
Paul le choc de la réalité : il découvre tout à coup ce qu’il cherchait
sans pouvoir le nommer, puis ceci change radicalement l’ensemble de sa
vie.
Tous ces chemins bibliques sont possibles au prix de la «
vérité ». La vérité consiste à ne pas maquiller par nos illusions la
réalité quotidienne. La vérité est un appel à la fidélité dans nos
engagements. Vivre dans la vérité, c’est croire en Dieu comme on croit
que le soleil existe malgré les jours de pluie. C’est croire que le
soleil et la pluie sont tous les deux nécessaires pour engendrer la vie,
pour faire pousser la végétation et pour permettre aux arbres de porter
du fruit. Puisse-t-il en demeurer ainsi pour chacun(e) de nous.
Gilles Baril, prêtre
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Unité pastorale Montréal-Nord |
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