Lors d’une entrevue,
Félix Leclerc raconte :
J’admirais beaucoup un
homme. Il était journaliste, savant, érudit. J’aurais voulu avoir son
amitié. Je le voyais deux fois par semaine. Ce qu’il me disait faisait
loi et je buvais ses paroles. Il me suggérait un livre, je l’achetais,
je le lisais. Je lui chantais mes chansons. Il n’avait pas l’air de
comprendre et cela me faisait de la peine. Alors une bonne fois je me
fâche. J’arrivais de New York où j’avais acheté des disques russes.
J’avais enregistré une chanson comme ça sur un vieil acétate avec mon
ami Marco Audet. On avait fait ça dans le grand secret. J’enlève les
étiquettes des disques russes achetés à New York et je les colle sur le
vieil acétate que j’avais enregistré.
Puis l’ami se présente.
Je lui dis. Vous avez raison de ne pas aimer mes chansons, regardez ce
que j’ai acheté. Il me demande de lui faire entendre les disques. Une
fois, encore une autre, puis une troisième fois. Il finit par me dire.
Vois-tu, quand tu auras souffert comme ces gens-là, tu pourras te
permettre de chanter. Je ne comprends pas le russe, mais je comprends
tout.
Cette expérience de
Félix Leclerc, n’est-elle pas un reflet du vécu de l’apôtre Pierre. Ce
dernier souffre d’avoir renié le Christ. Sa souffrance le rend
compréhensif à la misère des autres. Il apprend à écouter avec son cœur.
En même temps, il se sent indigne de la confiance de son maître
puisqu’il est retourné à son ancien métier de pêcheur.
Malheureusement, sans
succès il a peiné toute la nuit sans rien prendre. Et l’Évangile précise
qu’il est nu. Dans la philosophie universelle, la nudité signifie la
perte de sa dignité humaine. C’est ainsi qu’on déshabille les esclaves
et qu’on "sur-habille" les rois et les reines.
Cette page d’Évangile
nous enseigne que sans le Christ, nous sommes faibles et vulnérables,
tristes et désabusés. Le Christ nous appelle à sa suite non pas pour nos
talents ou moins encore pour nos performances, mais selon notre capacité
d’aimer. À nous comme à Pierre, il ne pose qu’une question : «
M’aimes-tu? »
Il nous faut identifier
les souffrances de notre temps et elles sont nombreuses (le suicide chez
les jeunes, le virage ambulatoire, l’exigence de la compétition :
rentabilité- efficacité – performance, la désespérance sociale, le vide
intérieur…) et comprendre que le Christ nous appelle à être signe de sa
présence au cœur de cette misère humaine. Sommes-nous prêts à risquer
notre vie à la suite du Christ? Non pas à lui succéder, simplement à le
suivre sur la route du service de nos frères et sœurs.
Gilles Baril, prêtre
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Unité pastorale Montréal-Nord |
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